Exemple concret

Arctique : les autochtones sami·e·s se défendent contre les projets de mine et le changement climatique

Le territoire traditionnel des Sami·e·s, le Sápmi, s’étend sur la Norvège, la Suède, la Finlande et la Russie. Dans le cadre de la transition énergétique, de nouveaux projets d’entreprises minières et de groupes énergétiques, mais aussi le changement climatique menacent les territoires et les pâturages des Sami·e·s. Ensemble avec les organisations partenaires, Voices s’engage pour une transition énergétique qui ne se fasse pas aux dépens des Sami·e·s.

In diesem Fjord, Repparfjord in Norwegen, plant Nussir ASA seit einigen Jahren eine Mine. Foto: Lea Ackermann / Voices In diesem Fjord, Repparfjord in Norwegen, plant Nussir ASA seit einigen Jahren eine Mine. Foto: Lea Ackermann / Voices

Terres samies menacées

Les territoires samis sont aujourd’hui soumis à de multiples menaces. Projets miniers, déforestation, parcs éoliens et transition énergétique mettent en danger les moyens de subsistance des communautés samies. De plus en plus souvent, les projets économiques sont planifiés sur de précieux pâturages pour les rennes, sans que soient consultées les communautés samies et qu’elles puissent donner leur consentement libre, préalable et éclairé (CLPE).

Une délégation de Voices s’est rendue en juin 2025 à Kautokeino, en Norvège, pour assister au sommet Sámi Lávdan Arena, une conférence internationale pour un échange transnational des communautés samies. Les témoignages dans le cadre du Sámi Arena montrent que des dangers surgissent partout dans le Sápmi. Ces menaces s’expliquent aussi par le contexte politique : le « Critical Raw Materials Act (CRMA) », introduit en Union européenne en 2024, est un cadre visant à garantir l’accès aux minéraux de transition importants pour la transition énergétique. Il a pour objectif de promouvoir et de faciliter l’établissement de projets miniers sur le sol européen. Ces minerais se trouvent souvent sur les territoires des communautés autochtones, et donc aussi sur les terres samies. La numérisation galopante et l’industrie de l’armement dans la situation géopolitique actuelle sont décrites comme des raisons supplémentaires de cette réglementation.

Protestations Nussir été 2025

Une jeune militante sami lors d'une manifestation contre le projet de mine de cuivre à Nussir (Norvège), été 2025. Photo : Natur og Ungdom, Rasmus Berg

Affiche de protestation à Sápmi : « Nous ne sauvons pas la nature, c'est la nature qui nous sauve ». Elle attire l'attention sur la protection de l'environnement et des droits des peuples autochtones. (Photo : Voices)

Affiche de protestation à Sápmi : « Nous ne sauvons pas la nature, c'est la nature qui nous sauve ». Elle attire l'attention sur la protection de l'environnement et des droits des peuples autochtones. (Photo : Voices)

En mars 2023, les Sami·e·s et des militant·e·s pour le climat exhortent le gouvernement norvégien à Oslo à faire respecter les droits des communautés autochtones. Photo : Shutterstock

En mars 2023, les Sami·e·s et des militant·e·s pour le climat exhortent le gouvernement norvégien à Oslo à faire respecter les droits des communautés autochtones. Photo : Shutterstock

Quatre projets stratégiques

Dans le cadre de ce Critical Raw Materials Act, quatre projets miniers situés sur le territoire sami ont été classés comme « projets stratégiques » qui profiteront désormais de la procédure facilitée et accélérée. « En adoptant une procédure accélérée d’autorisation des projets miniers réduite à 27 mois, l’UE fait primer l’extraction minière sur notre droit au consentement libre, préalable et éclairé », explique le Conseil sami sur le choix des projets stratégiques dans le Sápmi.

Parmi les « projets stratégiques » dans le Sápmi se trouve la mine de Vittangi-Nunasvaara, dans le nord de la Suède, destinée à l’extraction du graphite et située sur des terres de pâturage essentielles pour les communautés saamies éleveuses de rennes, entre deux cours d’eau à forte valeur écologique.

Nils Johanás Allas, éleveur de rennes de la communauté Talma et concerné par le projet de mine de Vittangi-Nunasvaara déclare : « Je dois sans cesse me défendre. Je dois sans cesse être en colère. Et pourtant, ce n’est pas ce que je veux. Je ne suis pas un homme colérique. Mais il semble que ce ne soit que le seul langage que les entreprises et les autorités puissent comprendre. C’est épuisant. »

La jeunesse samie se défend contre une mine de cuivre.

Un autre projet stratégige est la mine Nussir: Après avoir stagné de nombreuses années, le projet de mine Nussir au nord de la Norvège connaît un regain d’intérêt à cause de la nouvelle classification en tant que « projet stratégique » de la réglementation européenne. Depuis juin 2025, une résistance décidée se forme contre ce projet : des éleveur·euse·s de rennes et des militant·e·s bloquent le chantier, s’enchaînent aux machines et ont été plusieurs fois délogé·e·s par la police. Les militant·e·s dénoncent les immenses dégâts environnementaux et le non-respect des droits des autochtones. La mine planifiée se trouve sur un territoire de toute importance pour l’élevage des rennes : c’est ici qu’a lieu le vêlage. En outre, l’entreprise minière prévoit d’évacuer les déchets de la mine dans le fjord limitrophe, un projet qui pourrait fortement fragiliser la population de saumons et mettre en danger l’écosystème dans son ensemble. Pour beaucoup, le projet symbolise le « colonialisme vert » : une transition énergétique qui se prétend durable, mais qui est en fait réalisée au détriment de la nature, de la culture et de la justice.

Quatre rennes

L'élevage des rennes Sami sur le Repparfjord en Norvège

Le changement climatique complique l’élevage des rennes

Outre la menace industrielle qui pèse sur le territoire Sápmi, la crise climatique s’y ressent de plus en plus et complique les conditions d’élevage des rennes. En raison des températures plus élevées, il pleut de plus en plus souvent en hiver, ce qui peut entraîner la formation de croûtes de gel sur les prairies de pâturage d’hiver. Ce phénomène met en danger la survie des rennes en hiver, car les animaux ne trouvent plus de quoi se nourrir. Les conditions climatiques changeantes dispersent également les troupeaux, les rendant ainsi plus vulnérables face à leurs prédateurs.

A propos des Sami·e·s

Les communautés autochtones samies vivent en Norvège, en Suède, en Finlande et en Russie. Entre 90 000 et 140 000 individus composent le groupe des Sami·e·s, la plus grande communauté vivant en Norvège. Les Sami·e·s sont reconnu·e·s dans les quatre pays comme autochtones, mais seule la Norvège a ratifié la Convention 169 de l’OIT. Il s’agit là de l’unique convention qui garantit aux communautés autochtones des droits spécifiques et contraignants, tels que le droit à l’autodétermination.

L’élevage des rennes, la pêche, la chasse et l’artisanat d’art sont des composantes importantes de la culture et de l’identité samies. L’expansion des Etats-nations à compter du XVIIe siècle a marqué le début de l’oppression : politique d’assimilation, interdiction de parler leur langue, expropriation de terres et limitation des modes de vie traditionnels ont alors marqué la vie des Sami·e·s. Leur langue a été interdite, ils ont été christianisé·e·s et contraint·e·s à la sédentarité. Les prélèvements fiscaux les ont obligé·e·s à vivre de la domestication des rennes.

Samis Norvège

Voices action devant la BKW sur le projet éolien Fosen Photo : Franziska Rothenbühler

L'éleveur de rennes Leif Jåma est un membre du peuple Sami en Norvège.

L'éleveur de rennes Leif Jåma est un membre du peuple Sami en Norvège. Photo : Voices

Cuillère Sami. Photo: Voices

Cuillère Sami. Photo: Voices

En Norvège et en Suède, les enfants, placés en internat, ont été dissuadés de parler leur langue maternelle, en Russie, les troupeaux de rennes des Sami·e·s ont été collectivisés de force. Il a fallu attendre la fin du XXe siècle pour qu’un changement de mentalité sociétal s’opère en faveur des Sami·e·s. Les Sami·e·s se sont organisé·e·s politiquement, ont revendiqué leurs droits et créé des parlements. Aujourd’hui, ils·elles luttent pour la protection de leur culture, de leur langue et de leur mode de vie, en particulier contre les atteintes faites à leurs terres par l’extraction minière, l’éolien et les autres industries. Malgré quelques avancées, la discrimination et les préjudices structurels persistent.

La controverse d’Alta (de 1968 à 1982) a conduit à la création du Parlement sami. Les Sami·e·s et des militant·e·s pour l’environnement avaient protesté ensemble contre la construction d’une centrale hydroélectrique à Alta, dans le comté du Finnmark, dans le nord de la Norvège. L’aménagement du cours de la rivière pour l’utilisation de la centrale hydroélectrique menaçait les pâturages des rennes et aurait inondé un village sami. Les militant·e·s pour l’environnement argumentèrent également que la rivière constituait un lieu de reproduction des saumons important pour toute l’Europe et qu’il jouait un rôle essentiel pour le climat local.

Ces manifestations ont donné naissance au Parlement sami, créé afin de permettre aux Sami·e·s de participer à la vie politique. Les manifestations très visibles ont permis de faire réaliser à la société majoritaire norvégienne l’oppression et le préjudice structurel subi par les Sami·e·s. Des mesures politiques ont été par la suite engagées afin de renforcer les droits des Sami·e·s.

Après de longues protestations et batailles juridiques, la centrale hydroélectrique et un barrage de plus de 110 mètres de haut ont finalement été construits. Malgré cette issue, les protestations ont lancé un signal fort qui marque la Norvège aujourd’hui encore.

Ce que fait Voice : Manuel financier

La lutte politique et juridique avec les exploitants miniers et les groupes énergétiques peut durer des années. Elle est épuisante et dévorante, comme l’ont montré des combats passés. Le cas de la construction des éoliennes sur la péninsule de Fosen en est un bon exemple. Les territoires construits étaient des pâturages d’hiver pour les troupeaux de rennes samis. Après de longues procédures juridiques et d’incessantes protestations, des accords ont pu être trouvés. Les éleveur·euse·s de rennes ont désormais accès à d’autres pâturages et droit à des dédommagements annuels.

Les Sami·e·s disposent d’un large réseau politique bien organisé, mais sont tout de même en position de vulnérabilité face aux entreprises multinationales. Les projets économiques doivent être financés. Le Conseil sami cherche donc à aborder de la meilleure façon possible les acteurs financiers afin de se défendre contre les violations du droit foncier. Dans cet objectif, Voices a organisé un atelier lors du sommet Lávdan Sámi Arena. « Connaître le monde de la finance est primordial pour nous : cela nous donne de l’espoir, car c’est une nouvelle voie, en cas d’échec avec les autorités ou la justice. Beaucoup de gens ont perdu toute illusion. L’espoir est très important dans ces temps compliqués », déclare Elle Merete Omma, responsable du département UE du Conseil sami. L’atelier a rencontré un vif succès. Il a permis l’échange entre les personnes directement concernées par les projets miniers, les jeunes militant·e·s et les représentant·e·s sami·e·s engagé·e·s. Grâce à des contributions et des travaux en groupe, les connaissances relatives aux acteurs financiers ont été transmises et il a été montré comment ce groupe cible pouvait être abordé le plus efficacement possible.

Sur la base de cet atelier, Voices élabore avec les Sami·e·s un manuel sur les relations avec les acteurs financiers. Ce dernier est cofinancé par les dons issus d’une collecte éléctronique organisée par Voices.

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